Concert Review – Hip-hop et démesure, bienvenue aux Etats-Unis

Si vous doutez encore du fait que la démesure est inhérente à la société américaine, faites une pause… Buvez un verre d’eau… Ne doutez plus. Chaque année, la célèbre radio hip-hop américaine Power FM organise le Powerhouse à Brooklyn et à Philadelphie. Difficile d’offrir un point de comparaison adapté avec ce que l’on peut connaitre en France, même si Urban Peace produit par Skyrock s’en rapproche le plus. Le Powerhouse, c’est un interminable show rassemblant la crème de la nouvelle école du rap américain et les figures montantes des quartiers nord et ouest de Philadelphie.

 

Un show on ne peut plus américain

 

Il est difficile de qualifier le Powerhouse de simple « concert ». D’une part car un concert ne dure pas 7 heures. De l’autre parce que le nombre d’artistes présents et la qualité – sur le papier – de ces derniers est impressionnante. Dès lors, on pourrait penser au terme « festival » comme on l’entend à travers la vision française, voire européenne. Mais non. Encore une fois, ça ne passe pas. En effet, le show qui affichait complet s’est déroulé dans l’enceinte que se partagent les 76ers et les Flyers de Philadelphie, le Wells Fargo Center (19500 places). Et à l’intérieur de celui-ci, pas de fosse et de places debout, mais des sièges accompagnés de portes-gobelets, sans doute indispensables aux yeux des américains. Pour ce qui est du format, apparaissent de nombreuses similitudes entre le Powerhouse et les awards shows tels que les BET Hip-Hop Awards, ou à notre échelle beaucoup plus modeste et mainstream, les NRJ Music Awards. Hip-hop cyphers à la volée, spots publicitaires entre chaque performance – dont un annonçant la surprenante tournée de Demi Lovato et DJ Khaled –, bière à $15… Le show a même connu son moment émotion. Classique américain : une demande en mariage en plein live. C’est en plein teasing de « Motorsport », le premier single du prochain album de Migos (featuring Cardi B et Nicki Minaj), que l’un des trois membres du groupe, Offset, a décidé de demandé Cardi B en mariage. Quelques jours auparavant, Cardi B annonçait via son compte Instagram la fin de sa relation avec le rappeur avant de se rétracter et de finalement annoncer qu’il s’agissait d’une blague. Drôle d’utilisation des réseaux sociaux… Toujours est-il que la réponse positive de cette dernière a déclenché une totale hystérie dans le public qui attendait avec impatience la performance de Cardi B.

 

 

 

Une line-up surréaliste

 

Plus surréaliste encore que la bague 8 carats de Cardi B fût la line-up. Tout amateur de rap américain et de rap en général saura apprécier à sa juste valeur la qualité de l’affiche proposée par le Powerhouse. Quelques artistes aux performances douteuses, le format du show inadapté pour d’autres, malgré tout, on ne peut qu’admirer la volonté mise en œuvre par les organisateurs de rassembler ce qui marche le mieux en terme de rap us actuellement. Ce sont les prometteurs rappeurs locaux qui ouvraient la soirée avec notamment le jeune Lil Nizzy à travers lequel on reconnait aisément l’influence de Lil Uzi Vert, lui aussi venant de Philly. Reco Havoc était également présent pour représenter les quartiers ouest de la ville. 9 artistes se sont ensuite succédés, enchainant des performances d’une trentaine de minutes chacun.

 

C’est le rappeur d’Atlanta Playboi Carti qui montait le premier sur scène devant une salle pas encore tout à fait rempli et aidé d’un playback un peu trop flagrant. Pas de surprise de la part de cet artiste talentueux de la nouvelle génération qui reste assez décevant en live. Seul le célèbre « Magnolia » aura un impact considérable sur le public.

S’en suivi une performance d’un autre rappeur d’Atlanta, YFN Lucci. Surprenant de par son énergie, il était peut-être l’un des moins connus parmi les têtes d’affiche. Il n’était d’ailleurs même pas programmé pour le Powerhouse et a surpris tout le monde avec un solide set d’environ 35 minutes.

French Montana montait sur scène et avait pour objectif d’élever le niveau. Souvent critiqué, le rappeur américano-marocain a su faire valoir ses atouts les plus précieux, à savoir : des hits. Malgré ce que l’on peut en penser, on ne peut retirer à French Montana son succès et le nombre incalculable de hits dans lequel on le retrouve. « Ain’t Worried About Nothin’ », « Pop That », « Loyal » et « Unforgettable », tous y sont passés. Si ce n’est pas le charisme de French Montana qui a conquis le public, c’est bien la force de ces hits et le fait que l’on oublie facilement la présence de Montana sur ces-derniers qui a fait de sa performance un succès.

L’immortel Rick Ross était également présent pour un set d’une trentaine de minute. A la fin de sa performance, il était légitime de se questionner sur l’avenir de Papi Rozay. S’il est toujours agréable de voir le quadragénaire de Miami débarquer avec toute l’énergie et la force qu’il lui reste, il est aussi agréable de le voir repartir. Une performance soignée mais un brin soporifique.

Qui de mieux pour enchainer que Lil Uzi Vert ? Il était avec Meek Mill le seul représentant de la ville de Philadelphie parmi les 9 têtes d’affiche. Et quel représentant. La performance de Lil Uzi fût sans doute la plus intéressante et aboutie. Enchainant les titres de Luv Is Rage 2, il ira jusqu’à prendre un bain de foule pendant le célèbre « WDYW ». Une énergie débordante, un style atypique, un flow travaillé sans excès d’autotune ou de playback et de nombreuses interactions avec le public présent… Le rappeur-rockstar de North Philly n’a pas déçu et a offert la meilleure performance de la soirée.

Migos avait pour but de faire aussi bien que Uzi. Dans une salle déjà acquise à leur cause, Quavo, Takeoff et Offset n’ont eu aucun mal à assurer la transition. Difficile de reprocher quoi que ce soit au trio qui a connu une année 2017 incroyable. Le seul reproche que l’on peut leur attribuer est l’utilisation abusive de l’autotune sur des sons qui ne sont à la base même pas autotuné. Mais ce qui fait la force du groupe en live, c’est cet éclectisme dans l’attitude des trois rappeurs et notamment la nonchalance de Takeoff qui se transforme en véritable machine lorsqu’il se met à rapper. On connait bien cette nonchalance puisqu’il l’avait emmenée avec lui lors des deux showcases effectués au Network à Lille. Force est de constater que les trois membres formant Migos ne changent pas malgré le succès, et c’est agréable. L’arrivée de Rich The Kid pour le titre « Freezer » (feat. Kendrick Lamar) invité par Migos pendant leur set fût également un franc succès. Vous connaissez déjà la fin : « Motorsport », Cardi B, 8 carats, et c’est fini.

Seule artiste féminine de la soirée, la rappeuse du Bronx Cardi B était extrêmement attendue. The number one in the billboard got engaged, lança-t-elle avant d’entamer une courte mais très efficace performance. On retiendra le public en liesse dès les premières notes de Bodak Yellow, un flow décadent et un set réussi.

Si Cardi B était de loin l’artiste la plus attendue par le public du Powerhouse, Meek Mill l’était presque tout autant. Présent chaque année lors de l’événement, il faut dire qu’il était en terre conquise… Le Powerhouse de Philadelphie est sans doute l’un des seuls endroits sur terre où vous aurez l’occasion d’entendre pendant près de quarante minutes, 20 000 personnes en cœur sur du Meek Mill. Pourtant, la performance du controversé rappeur est agréablement surprenante et il est difficile de ne pas entrer dans l’ambiance lorsque la quasi-totalité du public lui est déjà acquise. En plus de faire revenir Lil Uzi Vert sur « Fuck That Check Up », Meek Mill invita Yo Gotti qui sortait son album le jour même.

L’une des plus grandes déceptions de la soirée fût la transition entre Meek Mill et la dernière tête d’affiche, l’une des figures du rap us actuel, Travis Scott. Après la performance de Meek Mill et 6 heures 40 de show, la moitié du Wells Fargo Center se vida. Malgré les appels des DJ,  show’s not over, Travis is in the bulding, l’exode d’une partie du public ne put être évitée. Incompréhensible. Pourtant, on connait la qualité des concerts de Travis Scott. Malgré ça, le rappeur texan assez remonté assura 20 minutes de show, le temps d’offrir ses 4 plus grands hits, « Butterfly Effect », « Antidote », « Pick Up The Phone » et « Goosebumps ».  Il est vrai que l’énergie, voire la folie requise pour assister à un concert de Travis Scott était étouffée par le format de l’événement : il aurait fallu une fosse. D’ailleurs il l’a dit lui-même, remove the fucking barriers ! La Flame quitta la scène et laissa un sentiment d’inachèvement, son potentiel n’ayant pas pu être exploité lors de sa performance, malgré tout, convaincante.

 

 

Finalement, ce qu’il faut retenir du Powerhouse 2017 de Philadelphie c’est que le maitre mot de ce type de show à l’américaine n’est d’autre que : démesure. Cette démesure implique plusieurs points négatifs qui ont déjà été cités, cependant, l’opportunité d’assister à un show à l’affiche si impressionnante nous les ferait presque oublier. 60€, 7 heures de show, Migos, Travis Scott, Cardi B, Playboi Carti, Lil Uzi Vert, Rich The Kid, Meek Mill, Yo Gotti, Rick Ross, French Montana, YFN Lucci, on achète.

 

T. Cabrera

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