L’essor de la génération SoundCloud au sein du Rap US

 

Le terme de SoundCloud Rap est apparu récemment et s’est popularisé avec le succès de Chance the Rapper, l’artiste de Chicago qui fut l’un des premiers à se faire connaître par le biais du site SoundCloud grâce notamment à la mixtape « Acid Rap » sorti en 2013, avant que Russ, Lil Uzi Vert ou encore Post Malone ne se servent également de SoundCloud comme un tremplin. Depuis, une nouvelle très jeune génération de rappeurs a émergé, composée entre autres de Smokepurpp, SkiMask The Slump God et Tekashi69, tous les trois 21 ans, Lil Yachty, 20 ans et XXXTentacion, 19 ans. Mais il y en a encore des plus jeunes, à l’image de Trippie Redd, 18 ans, ou encore le phénomène Lil Pump, 17 ans. Ils jouissent d’un succès massif sur la célèbre plate-forme orange puisqu’ils cumulent plusieurs dizaines de millions d’écoutes chacun.

Le SoundCloud Rap peut être désigné comme une part du rap US dans lequel les artistes postent directement leurs morceaux sur SoundCloud, délaissant ainsi les labels traditionnels et jouissant donc d’une liberté totale dans la composition de leur musique. Par conséquent, le SoundCloud Rap mélange bien souvent les genres, à l’image du mix entre punk-rock et rap que l’on retrouve notamment chez le défunt Lil Peep, parfois considéré comme le premier emo-rappeur, ou XXXTentacion.

L’objectif sera de décrypter la hype autour de cette génération SoundCloud qui, en plus d’avoir pour point commun la plate-forme orange, partage de nombreuses similitudes sur le plan artistique et musical.

Le mélange des genres

L’un des traits les plus marquants de la génération SoundCloud réside dans les racines punk et rocks que l’on décèle dans ses mélodies. XXXTentacion en est l’exemple parfait puisque le natif de Floride n’hésite pas à s’essayer à différents styles. Son dernier album, « 17 », est un condensé de titres sombres et tristes, « réservé aux dépressifs » selon ses dires, où l’on peut également observer des ballades à consonance pop telles que « Revenge ». X n’en est pas à ses premiers virages artistiques puisqu’il avait livré auparavant des titres aux influences très rock-métal, à l’image de «Take a step back » avec Ski Mask the Slump God et son banger « Look at Me » qu’on ne présente plus. Ce même Ski Mask se démarque de son côté avec des morceaux rappés sur des instrumentales de la fin des années 1990 comme « Catch me outside » (sample d’un morceau de Missy Eliott, « She’s a b**ch ») ou encore le featuring avec Asap Ferg intitulé « I love yout aunt », qui reprend le beat de « Get Ur Freak On » de Missy Eliott encore. Par ailleurs, un artiste comme Post Malone, qui a clairement été influencé par le métal ou la musique country, est en train de redonner un second souffle au R’n’B (avec de nombreux tubes comme Congratulations, White Iverson, Rockstar…)

Celui qui illustrait sans doute le mieux cette combinaison entre rap et les mouvements pop-punk et rock alternatif restera sans aucun doute Lil Peep. Ce dernier est décédé le 15 novembre dernier. Il incarnait un nouveau style de rap que l’on appelait parfois l’ « émo-rap » dans le sens où il s’est approprié les codes emos du début des années 2000 incarnées à l’époque par des groupes comme My Chemical Romance.

Le dernier point qui nous permet de faire un rapprochement entre cette nouvelle génération SoundCloud et les mouvements rock et punk d’antan reste la prestation scénique. La figure de la rockstar s’est répandue dans les concerts de la nouvelle génération, qu’elle vienne de SoundCloud ou pas. Il suffit de se remémorer les shows dantesques d’un Travis Scott ou l’attitude d’un Lil Uzi Vert qui d’ailleurs ne cache pas son admiration pour Maylin Manson. Ce n’est donc pas anodin si le morceau hip-hop qui cartonne actuellement se nomme « Rockstar », fruit d’une collaboration entre Post Malone et 21 Savage.

Une fanbase solide

La particularité des rappeurs issus de SoundClound est qu’ils n’ont eu besoin de personne pour lancer leur carrière. A partir d’un simple logiciel d’instrumentales, d’un micro à la qualité parfois douteuse installé dans leur chambre, ces artistes ont su tirer leur épingle du jeu sans l’aide de quiconque. Pas besoin de label – même indépendant -, ou de maison de disque. La conséquence de ces débuts de carrière singuliers réside dans la formation de la fanbase de ces rappeurs. Les fans de la première heure ont l’impression de faire partie du processus de formation et de progression de la carrière de leur SoundCloud rappeur favori. Ils font partie de l’aventure. C’est dans cette optique qu’on observe des fanbase fidèles et dévouées en ce qui concerne XXXTentacion ou Lil Pump par exemple. A ce titre, ces deux derniers, avec SkiMask également, ont participé à la tournée « NoJumper » réservée aux rappeurs SoundCloud en 2016 et 2017 aux Etats-Unis. Ils ont rempli toutes les salles dans lesquelles ils sont passés, preuve de la solidité de leur fanbase.

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Lil Pump en plein live lors de la tournée « No Jumper »

L’influence de Chief Keef

Si l’influence de Lil B dans le début des années des 2010 n’est pas à négliger puisqu’il fut l’un des premiers à utiliser internet et les réseaux sociaux pour partager directement sa musique avec sa communauté, Chief Keef est certainement le rappeur référence pour la nouvelle génération SoundCloud. Le MC de Chicago se distingue dès 2012 avec son projet « Finally Rich », où du haut de ses 17 ans à l’époque, il se pose en précurseur d’une génération qui ne cessera de lui rendre hommage. Pour certains spécialistes, Chief Keef est l’inventeur du « Aye Flow », en référence à ses ad-libs répétées entre les mesures. Keef, c’est aussi un débit lent dans le flow et l’omniprésence de différentes formes d’onomatopées et d’interjections (Oblah, Bang bang, etc…), le tout sur des instrumentales aux basses agressives et au rythme paresseux.

Le rap à la mode Chief Keef est une manière de transmettre des émotions avec un minimum de flow et de technique lyricale. On parle souvent d’ « ignorant rap », une expression revendiquée par Lil Pump, ce qui désigne un style de rap à la fois drôle, divertissant et transgressif. C’est en partie la raison pour laquelle ce dernier est si populaire actuellement. L’attitude et la personnalité occupent une place prépondérante. Le folklore et l’imaginaire autour de l’artiste conditionnent son attractivité et l’intérêt des fans. On retrouve cette idée chez les SoundCloud rappeurs et leur personnalité flamboyante. Les plus connus d’entre eux dégagent une singularité dans leur personnage, avec un look décalé voire farfelu (les dreads roses de Lil Pump, les sourcils rasés de XXXTentacion, la multitude de tatouages « 69 » et les dreads couleur arc-en-ciel de Tekashi69…). Cette caractéristique nous permet également de mieux cerner le message qui semble vouloir être délivré : ne pas se fier aux conventions, aux normes communément acceptées et vivre comme bon nous semble, dans la liberté la plus totale.

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Tekashi69, rappeur de Brooklyn connu pour ses dreadlocks arc-en-ciel et le chiffre 69 tatoué sur de multiples parties de son corps.

La promotion d’un hédonisme décomplexé

Les rappeurs issus de SoundCloud partagent pour la plupart un goût prononcé pour toute forme de drogue à l’usage récréatif. Cette tendance semble être la suite logique de la mode instaurée par leurs aînés au succès mainstream (Future et la lean, Wiz Khalifa et la weed, etc…). Mais les références aux drogues telles que le Xanax, la Molly ou le Percocet prennent une part prépondérante dans les morceaux de la nouvelle génération, à l’image du son « Molly » de Lil Pump. Le jeune homme aux dreadlocks roses est d’ailleurs l’un de ceux qui postent leurs différentes substances sur Instagram pour en faire l’apologie. L’idée sous-jacente à la place prise par les drogues récréatives chez les SoundCloud rappeurs est la promotion d’un hédonisme sans limites. Il faut expérimenter toute forme de sensations, profiter de celles-ci et ne surtout pas se prendre la tête.

Mais la place des drogues dures chez les SoundCloud rappeurs fait actuellement l’objet de polémiques et de vives remises en causes, notamment par l’ancienne génération après l’émoi suscité par le décès de Lil Peep à la mi-novembre à cause d’une overdose de Xanax. Suite à cette tragédie, nombre d’artistes sont montés au créneau contre la banalisation des drogues dures aux Etats-Unis et dans le milieu hip/hop, à l’image de Wiz Khalifa ou Master P. Une prise de position dénoncée par 21 Savage, la nouvelle sensation d’Atlanta : « « Pourquoi tant de ‘rappeurs OG’ jugent-ils la nouvelle génération ? Ils affirment que nous faisons de la musique de drogués, comme si faire de la musique de dealers comme eux était une meilleure chose. Quelle est la différence ? » En parallèle de ce débat, la très jeune génération SoundCloud continue d’émerger et de s’affirmer comme une part très importante de la scène rap outre-Atlantique. Reste à suivre son évolution dans le temps…

Sources :
Youtube.com : Lifestyle décodeur, Hyconiq, Lil Pump
http://kcpr.org/2017/11/06/soundcloud-rap-new-punk/
https://everipedia.org/wiki/soundcloud-rap/

Marco Ferri

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