À Atlanta, de la trap en musée

Depuis 9 mois, la légende T.I préparait secrètement l’ouverture d’un musée éphémère dédié à un genre musical qui a envahi les charts du monde entier : la trap music. Ce qui n’était encore qu’une douce utopie s’est finalement concrétisé le 2 octobre dernier avec l’inauguration du « Trap Music Museum », situé entre les quartiers d’English Avenue et de Bankhead à Atlanta. Un musée éphémère qui restera ouvert jusqu’au mois de novembre. La réussite de ce musée réside dans sa capacité à démontrer le passage d’un mode de vie criminel générant son lot de tragédies à un art qui rayonne désormais au-delà des frontières de la Géorgie.

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Le ton est donné dès le début avec la visite d’une pièce reconstituant le salon d’une trap house (maison abandonnée où les dealers s’installaient pour couper et vendre la dope). On y trouve armes et pochons de weed posés sur la table tandis qu’une vieille dame est assise sur un fauteuil, se proclamant grand-mère des trapeurs d’Atlanta et particulièrement de T.I.. Une fois passée cette introduction, c’est dans un lieu assez surréaliste que nous entrons. Une grande salle, avec des tableaux représentant 21 Savage et Young Thug, natifs d’Atlanta tous les deux. Migos et Future sont également mis en valeur par des imposants clichés accrochés au mur. Un salon de Barber Shop est exposé, preuve que les dégradés progressifs font aussi partie intégrante du mouvement. Au fond de cette salle, une riche mosaïque de photos de rappeurs modélisant le terme phare de la visite : TRAP. Mais le plus impressionnant reste le coin dédié à la « Pink Trap House » tout vêtu de rose, rendant hommage au dernier album de 2 Chainz et à sa pochette. Dans cette partie du musée, on célèbre la réussite de la trap music et de ses artistes. Un mur entier est dédié à la présentation des grands labels du mouvement comme Quality Control Music (label de Lil Baby, Migos, Lil Yachty…), 1017 Brick Squad (Gucci Mane, Young Scooter, Hoodrich Pablo Juan…) ou encore YSL (Gunna, Young Thug…).

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L’objectif du musée est d’expliquer l’essence et l’esprit relatifs à la trap music. Par conséquent, le lien à la drogue et la prison est largement évoquée. Une cellule est d’ailleurs reconstituée avec des feuilles noircies de rimes accrochées au mur. L’idée est de démontrer que la majorité de ceux ayant trempé dans le mode de vie trap d’Atlanta sont passés par la case prison. Pour certains d’entre eux, c’est en cellule que le passage entre trap life et trap music s’opère, le principe consistant alors à rapper son mode de vie pour mieux s’en éloigner. En ce sens, T.I, Gucci Mane et Young Jeezy, les 3 piliers de la trap d’Atlanta ont tous été condamnés à des peines d’emprisonnement à une période de leur vie. Pour mieux s’immerger dans le milieu qui a façonné ce courant musical, des pièces entières sont consacrées à des artistes et leur univers. On retrouve la salle dédiée à Young Jeezy, à T.I (dans laquelle on y trouve ses costumes, ses armes ou ses alcools favoris) ou encore à Rick Ross qui n’est pourtant pas issu d’Atlanta. Mais on estime que son style mafioso couplé à ses bangers ravageurs ont largement la place dans cette culture (personne n’a oublié son morceau BMF). Car l’esprit trap a dépassé les frontières d’Atlanta, et on le vérifie ici avec la présence de Meek Mill, Lil Durk ou Tee Grizley, mis à l’honneur par le biais de portraits photographiques. Le plus improbable restera sans doute la reconstitution de la cuisine de Gucci Mane, dans laquelle on retrouve des billets coffrés dans le congélateur, des bouteilles de Hennessy et des grands sachets de weed sur la table.

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Certains pourraient se demander si ce n’est finalement pas le mode de vie trap qui est mis en valeur, synonyme de drogue, fusillades, et activités de gang. Néanmoins, une partie du musée rend hommage aux rappeurs de la ville qui ont perdu la vie à cause de la violence de ses rues. Ainsi, Bankroll Fresh, Shawty Lo, Lil Snupe, Doe B et Peanut Da Don, tous originaires d’Atlanta, sont représentés, eux qui ont trouvé la mort dans des règlements de compte. Car ce qu’a voulu montré T.I, c’est que la trap fait d’abord référence à un mode de vie qui n’est rien d’autre qu’un environnement criminogène qui gangrène les ghettos d’Atlanta. La seule différence, c’est que ce mode de vie douloureux a donné naissance à un art musical qui aujourd’hui fait bouger les foules, crée des emplois, et surtout constitue une porte de sortie pour certains qui tentent de s’en sortir. Juste avant la fin de la visite, on peut observer un dernier tableau représentant plusieurs photos de rappeurs en garde à vue (Quavo, Offset, Takeoff, Gucci Mane, Meek Mill, Young Thug, Future…) avec cette expression révélatrice : « we did it for trap muzik ».

 

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