BKL Review : 93 Empire

Kaaris, Vald, Mac Tyer, Soolking, Kalash Criminel, Heuss L’Enfoiré, Sadek, Landy, Alpha 5.20, Dadju, Q.E Favelas, GLK, Rémi, Hornet La Frappe, Dinos, Ixzo, Vegedream, 4Keus Gang, Mac Kregor, Suprême NTM, Busta Flex, Shone, Nakk Mendosa, GS Clan, Brabus, Kosi, Dabs, Sifax, Bakyl, Worm’s T, Mayo, Solo le Mythe, Boozoo Bakhaw, Goulag, Mansly, Benzo et Sofiane. A quelques exceptions près, comme l’absence de Sefyu, Maes ou le 13 Block, le dernier album produit par Sofiane regroupe la crème de la crème du rap du 93 et d’ailleurs toutes générations de rappeurs confondues.

Ce projet de longue date que le rappeur du Blanc-Mesnil, instigateur du projet, décrit comme un rêve est enfin sorti. C’est une véritable prouesse de sa part que d’avoir réussi à réunir tous ces artistes autour d’un album commun qui sera certainement sur le court terme moins lucratif pour leur carrière que leurs projets solos.

Qu’on apprécie ou pas Sofiane, on ne peut pas lui enlever sa grande qualité qui lui a permis de gagner en notoriété depuis l’époque de Blacklist, de se lancer dans des projets cinématographiques, de lancer son émission de révélation de découverte rapologique « Rentre dans le Cercle » et qui lui permet aujourd’hui de réunir tous ces rappeurs sous un seul drapeau : il s’agit de sa patience.

93 Empire n’aurait pas pu voir le jour il y’a deux ans, car aucun rappeur n’avait les épaules suffisamment solides et était assez apprécié et respecté dans son milieu pour faire coïncider tous ces egos et ces millions d’écoutes ici réunis. On ne peut qu’imaginer la difficulté d’organiser la production et la sortie d’un tel album avec les impératifs des différents participants. Sofiane, le couteau-suisse du rap est désormais aussi producteur et n’envisage pas d’en rester là avec cet album mais bel et bien de continuer à hisser le drapeau du 93 aussi que possible.

Mais au-delà de la belle et forte symbolique derrière ce projet, quel est son intérêt musical ? Marque-t-il un certain tournant dans le rap français actuel ou n’est-il qu’une compilation ?

Dans une interview pour RapPunchline, Sadek, présent entre autres avec GLK et Q.E Favelas sur le très réussi Maman veut pas, insiste avec sa franchise habituelle sur la notion d’identité musicale du 93, unique et donc exclusive pour certains artistes. Cette patte 93 qui se refuse avec force et en le répétant à certains rappeurs comme Young Thug ou Lil Uzi vert fait du bien car on a enfin des rappeurs qui puisent dans les codes et la culture riche de leur département depuis l’époque de NTM et nient l’influence étrangère américaine actuelle « en leggings serrés ».

L’album trouve son équilibre entre le style des différents rappeurs présents, le morceau introductif Empire pouvant figurer sur la tracklist d’Or Noir de Kaaris et des influences old school avec l’instru G-Funk de 93 Coast, des passages R&B dansant notamment grâce à L’Artiste et Dadju et une préférence marquée pour des flows de kickeur. Bref, on assiste à une leçon d’histoire musicale du rap du 93 avec les pionniers NTM ou Busta Flex, des cadors actuels comme Sofiane, Kaaris ou Sadek et des jeunes méconnus en la personne de Syfax.

L’harmonie entre chaque featuring est présente, il est difficile pour l’auteur qui écrit ces lignes d’estimer un morceau inférieur à un autre. Ils sont tous suffisamment différent pour ne pas pouvoir être comparés et assez proches pour donner une unité à l’album. La meilleure solution étant de l’écouter vous-même et de forger votre propre avis.

Les textes sont généralement bien écrits et travaillés comme celui de Pas le Choix, le lyricisme de Sofiane se liant bien à la folie éclairé de Vald sur Iencli, la rage d’Alpha 5.20 sur Crépuscule des Empires ou la voix lancinante de Mayo sur Vif.

Du côté des prod on retrouve Diias ayant récemment collaboré avec Soolking pour Dalida et Zeg P travaillant avec Sofiane depuis #JeSuisPasséchezSo sur des titres comme Longue Vie et Rebeulotte. On note aussi la présence de Yasser Beats et de Nock Pi. Quatre habitués de Sofiane et du Label Affranchis Music. Leur style n’est pas marqué d’un morceau à l’autre mais ils restituent à merveille le style de chaque rappeur en featuring en faisant en sorte que l’instrumental ne soit pas uniquement calé pour Sofiane et comporte des influences extérieures à la hauteur du projet 93 Empire. C’est bien par le travail des beatmakers que la connotation Empire de l’album prend tout son sens. Un Empire à la fois unis par son message et son attitude dure et déterminée et divers par ses connotations Old School, Boom Bap, Gangsta Rap et autres. Ils retranscrivent par l’instrumental toute la richesse du projet, l’Empire étant large, riche, fait de l’union de plusieurs parcours et origines.

Les intéressés, Kalash Criminel en tête lors de son passage sur la radio Génération, refusent l’appellation de « compilation » et préfère celle d’album. La compilation regroupe plusieurs artistes d’un même style souvent sous la forme d’un Best Of, c’est un hommage ce qui est réservé à ce qui est passé, figé, fini. Au contraire l’album est vivant, marquant une étape qu’elle soit dans la carrière d’un artiste ou pour un genre musical. L’usage de ce terme et le refus de l’autre par Kalash Criminel est lourd de sens. 93 Empire n’est ni un hommage au 93, ni un puzzle de titres assemblés par Sofiane mais un album ou chaque artiste porte le projet à la manière des membres d’un groupe.

Ce projet commun de plusieurs rappeurs est plaisant et va peut-être enfin marquer la sortie de cet âge des clashs et des featurings assassins où les MC s’entretuaient pour les meilleures ventes au détriment de la qualité d’écoute.

Finalement, que pouvons-nous retenir de 93 Empire ? C’est un album réussi, qui saura par sa diversité attirer une grande majorité des amateurs du rap, un album qui mettra en lumière des rappeurs moins connus en les associant à d’autres bien installés. Bien évidemment il n’est pas parfait et la récurrence des mêmes thèmes, devenus clichés du rap, peut finir par lasser avec un projet aussi long : 21 titres pour 1H18 d’écoute. Et en même temps, on ressent une vraie patte 93 dans les textes, un vrai vécu qui les rend singuliers et donne un demi-air de nouveauté.

On ne peut que demander la suite de la construction de cet Empire du rap qui réussira du moment qu’il se bâtit avec l’envie des rappeurs de construire un projet incapable à réaliser tout seul, et non par la simple envie de sortir des disques. Connaissant Sofiane, on peut être sûr que c’est l’envie et la découverte qui primera.

 

📝 Ziryab Idir

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