Kekra à Lille, un OVNI à L’Aeronef

Kekra est un rappeur qui avance ses pions sur l’échiquier depuis quelques années, le premier étant Freebase volume 1 sorti en octobre 2015 qui a précédé une série de 6 projets avant la sortie du dernier album, à savoir, Land paru en Juin 2018. Ces dates sont d’ailleurs révélatrices de l’une des caractéristiques de Kekra, c’est un artiste sur-productif puisqu’il est actuellement sur le rythme d’un album tous les 4 mois en comptant tous les projets.

Cet OVNI musical est originaire de Courbevoie dans le département des Hauts-de-Seine. Lors d’une interview pour Booska-P, il expliquera que le rap n’était pas l’activité principale de la ville. Cela ne semble d’ailleurs pas avoir été la sienne non plus puisque contrairement à nombre d’autres rappeurs, Kekra n’a jamais revendiqué des années et des années à noircir des feuilles tapis dans l’ombre en attendant la consécration, loin de là, « le personnage Kekra », selon ses propos, est né le jour de son premier titre posté sur Internet.

L’artiste a également la particularité d’être masqué, son visage n’est jamais révélé au grand public que ce soit lors d’interviews ou dans ses clips. La première raison de son masque s’accorde avec sa vision du rap : « Rap is shit ». Kekra n’estime pas le rap comme une activité légitime, il en a même honte, et préfère rester anonyme pour les membres de sa famille, particulièrement pour sa mère. La seconde puise ses sources de ses nombreux voyages en Asie. Ses excursions lui ont permis d’apprendre que le port du masque n’est pas une manière de se protéger de la contamination, mais de protéger les autres de sa propre contamination, en toute modestie, Kekra voit son flow comme la contamination. Alors que l’homme n’est pas rappeur depuis longtemps, le rappeur est un auditeur de longue date, cependant, rares sont les names drop de ses influences. Il concède uniquement avoir beaucoup écouté Lunatic (le contraire aurait été surprenant pour un enfant des Hauts-de-Seine).

Il faut traverser la Manche pour trouver les influences de l’artiste, plus précisément dans la grime anglaise. La maitrise des deux langues lui offrit l’opportunité de se tourner vers le rap anglophone que ce soit avec Wiley, Skepta ou So Solid. Même si le rap qu’il proposait à ses débuts s’inscrivait dans la mouvance globale, celle-ci s’est au fur et à mesure teinté de sonorités plus particulières et assez inattendues, faisant de sa musique une musique plus riche, la mutation ayant commencé en amenant des vibes de grime anglaise voire même de UK Garage jusqu’à imposer quelques sonorités totalement électro dans son rap.

Mis à part quelques morceaux, Kekra propose un rap assez impersonnel, ce qui ne constitue pas en soit une critique mais simplement un constat. Le natif du 9.2. ne semble pas vouloir s’épancher sur son histoire et ses états d’âme, exception faite de son passé d’épicier de rue, dont il se cache assez peu et qui lui a inspiré un certain nombre de phases à travers ses différents projets.

Pour ce qui est des beatmakers, le Courbevoisien est assez ouvert à l’inverse de plusieurs rappeurs actuels se focalisant sur un seul beatmaker qui réalisera la totalité du projet. Kekra multiplie les producteurs, et les citer serait un exercice trop fastidieux. Bien que le beatmaking ne soit pas sa spécialité, Kekra s’y intéresse, il aime s’immiscer dans le processus créatif du producteur, il explique qu’il lui arrive couramment de topline les instrus, autrement dit de penser les mélodies et les transmettre au beatmaker qui sera seulement l’outil de son travail créatif.

Le qualificatif d’OVNI, qui lui est souvent apposée, peut s’expliquer par la singularité de son rap qui est en effet assez incomparable à ce qui se fait actuellement en France. Mais OVNI prend tout son sens chez Kekra car semble avoir décidé de marcher seul. À l’heure actuelle, tous projets confondus, il a proposé en tout et pour tout 0 featuring, chose qui pourrait changer bientôt puisqu’il a récemment publié une photo accompagné de Niska sur les réseaux. A suivre. 

Kekra ne cache pas sa passion pour le visuel, qui lui permet de renforcer à travers des références à la culture asiatique par exemple son propos et de teinter son univers d’une profondeur nouvelle.

Il explique participer très activement au développement des ses clips tout en s’entourant de cracks tels qu’Adrien Lagier et Ousmane Ly qui ont réalisé « Pas Joli », « Viceland » ou encore « 10 Balles », ou comme Cody MacFly qui a réalisé « 9 Milli », « Sans Visage », « Méfiant » ou le très bon « Intermission » à la fin duquel Kekra se fait arrêté par the US maréchaussée (on apprendra d’ailleurs par la suite grâce à Yérim Sar au cours d’une interview pour Booska-P que l’artiste a vécu à ce moment son premier vol en business en étant reconduit en France par la police aux frontières américaine).

Aujourd’hui, le public de Kekra lui est fidèle et accroché à son univers singulier. Il semblerait qu’il ait réussi le pari de réunir son auditoire autour d’une musique riche, élargissant les influences du rap, que ce soit des influences musicales ou visuelles à travers ses vidéos.

En tournée depuis octobre 2018 pour défendre son dernier album, le Land Tour s’arrêtera le 22 février à l’Aéronef de Lille et on a déjà hâte d’y être.

 

📝 François Pluta

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