Rema et l’Afrobeats nigériane

Burna Boy et Jorja Smith, WizKid et Beyoncé, DaVido et Chris Brown… La musique traverse les frontières, plus que jamais. Les sonorités afro et les artistes nigérians gagnent en visibilité à l’étranger et l’afrobeats s’impose comme un style majeur dans son influence. L’afrobeats, c’est ce courant musical qui participe grandement au succès de l’industrie musicale nigériane. Différent de l’afrobeat[1], il a émergé il y a une quinzaine d’années. Il se base sur des rythmiques nigérianes et ghanéennes et implique un mélange d’influences hip-hop et R&B. Si le terme vient de DJ Abrantee, un londonien, c’est bien du Nigéria dont vient l’essence de ce genre musical efficace et direct.

Talentueux Nigéria

Plusieurs raisons expliquent la réussite de l’industrie musicale de ce pays de plus de 190 millions d’habitants. D’abord, sa démographie. Directrice de la stratégie internationale chez Warner Music, Temi Adeniji explique que la taille de la population est un facteur indéniable de cette réussite. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigéria bénéficie d’un taux de croissance de la population de 2,6% qui lui assure une certaine durabilité sur le plan de la consommation de musique. La musique nigériane et surtout l’afrobeats bénéficient également d’une facilité à s’exporter à l’international. Cela s’explique par les liens forts qu’entretient le Nigéria avec deux gros pays fournisseurs de musique pop : le Royaume-Uni et les États-Unis. L’influence de la diaspora dans ces pays est cruciale puisqu’elle permet de pénétrer de nouveaux marchés. De nombreux artistes nigérians ont d’ailleurs vécu dans ces pays : Burna Boy, Tiwa Savage et Maleek Berry en Grande-Bretagne, Davido aux États-Unis… Ces liens se concrétisent par un nombre croissant de collaborations entre artistes nigérians et artistes américains et britanniques. Davido et Young Thug n’en sont pas à leur premier featuring alors que Drake s’associe à Wizkid sur des titres comme « One Dance » ou « Come Closer ». L’exportation des artistes et de la musique nigériane s’explique aussi par les réseaux d’influence profitant de la popularité accrue de l’afrobeats. Nosa Dag Aghayere, directeur d’Afrobeat Network, explique qu’il existe « une arrogance nigériane et un sens du business, de la prise de risque, qui existe moins ailleurs en Afrique. » Cela s’illustre par exemple par la capacité de plusieurs artistes nigérians à avoir signé de gros contrats avec des majors : Tiwa Savage chez Universal Music Group, Davido et Wizkid chez Sony… Ce sens de la prise de risque est l’une des marques de fabrique de Mavin Records, ce label nigérian fondé par Michael Collins Ajereh, dit Don Jazzy. Cet empire de la musique africaine a récemment signé un artiste qui pourrait devenir l’un des représentants les plus puissants de l’afrobeats et de la nouvelle génération de la musique africaine : Rema.

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Rema, la modernité de l’afrobeats

Divine Ikubor grandit dans une famille chrétienne à Benin City, au sud du Nigeria. Rapidement, il se prend de passion pour la musique à l’église où il y chante avec un groupe d’adolescents. En 2013 alors qu’il n’a que 13 ans, il forme un groupe avec son ami Alpha P et se donne comme nom de scène Rema. Le groupe, RnA, gagne en visibilité après quelques concerts et après la sortie de leur single « Mercy ». En 2018, Rema décide de poster un freestyle sur Twitter. Il y reprend « Gucci Gang » de l’artiste nigérian D’Prince, petit frère de Don Jazzy. La nonchalance et la facilité avec laquelle il débite rendent la vidéo virale. Rema reçoit alors un DM qui changera sa vie et lancera sa carrière. Le fondateur de Mavin Records, Don Jazzy, explique cela d’une manière simple :  “It’s simple. On Instagram, D’Prince put out a song, “Gucci Gang” featuring myself and David and the young man [Rema] did a freestyle to it and tagged us. That’s how everybody finds every artist. That’s where anybody that signed any artist finds them. On Instagram. Tag any artist, if the person is feeling you… you’ll blow straight up ” – Don Jazzy

Rema – Freestyle Gucci Gang D’Prince

https://www.youtube.com/watch?v=YN7ZCg1KgTI

D’Prince se rend en personne à Benin City pour discuter avec la mère du jeune artiste et le ramener à Lagos, ville où se trouve le siège de Mavin Records. Rema entame alors plusieurs sessions studio pendant lesquelles D’Prince pousse l’artiste, qui n’avait alors à l’époque qu’un répertoire trap, à mélanger les styles. Après avoir partagé le rendu avec son grand frère Don Jazzy, D’Prince signa Rema a sein du label Jonzing World, affilié à Mavin Records.

“At the time I only had trap songs, so when [D’Prince] put me in the studio with an Afrobeats producer I was scared. But I just mixed my trap vibes in and didn’t force it” – Rema

Dès lors, Rema s’impose vite comme la star montante de l‘afrobeats, souvent comparé à Wizkid dont il explique « vouloir faire la même chose à sa manière. » Outre son indéniable talent, la force de ce garçon de 19 ans réside dans son incroyable capacité à passer d’un style à l’autre, toujours de manière créative. Rema ne compte que deux EP de quatre titres à son actif, pourtant, il n’est pas compliqué d’y distinguer un immense potentiel. Mélangeant trap, afro-pop et sonorités uniques à base d’envolées lyriques bollywoodiennes, son premier EP éponyme est sorti le 22 mars 2019. L’EP comporte quatre morceaux bien distincts qui donnent une vision jeune de l’afropop au sein duquel mélodies occidentales, orientales et nigérianes s’entrecroisent.

“If you don’t like ‘Dumebi’ you like ‘Why,’ and if you don’t like ‘Why’ you like ‘Corny,’.” – Rema

Rema – Dumebi

https://www.youtube.com/watch?v=zUU1bIWpH5c

Trois mois plus tard, Rema sort Freestyle EP, un deuxième EP qui rassemble quatre de ses freestyles publiés sur Twitter. Volontairement plus hip-hop que le précédent, l’EP nous permet de discerner l’influence des rappeurs SoundCloud américains sur Rema. Lorsqu’il en parle, il avoue ne pas savoir si le Nigeria est prêt pour ce genre de vibes. Si certains lui reprochent de trop se détourner de l’afropop traditionnelle, son succès fulgurant tend à faire taire les critiques.

“My sound is for the young people of my generation and the older people who want to feel young again. I really want to take the Nigerian flag over all the world.” – Rema

Passionné et talentueux, Rema porte un message positif qu’il veut impactant sur la jeunesse nigériane. Il souhaite donner encore plus de crédibilité à la scène musicale nigériane aux yeux du monde et il a tout pour devenir le prochain ambassadeur de l’afrobeats. Dominant les charts avec des chiffres records au Nigeria après seulement 6 mois d’activité, Rema n’est qu’au début d’une course où l’afrobeats nigérian devient plus fort jour après jour.

“Give me a beat, give me a sound, I can do anything—and so can my youths in Nigeria.” – Rema

[1] Créé par Fela Anikulapo-Kuti à la fin des années 1960

Thibaut Cabrera

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