Kery James rappe encore, pour le plus grand bonheur de ses fans

La légende Kery James était à l’Aéronef le 27 novembre dernier. Retour sur ce concert événement.

Une atmosphère bouillante, un public de tous âges, une foule impatiente. C’est dans ce cadre que Kery James s’apprête à donner l’une des dates les plus attendues de sa tournée, avant un concert ultime à l’Accor Hotel Arena. Ce soir c’est l’Aéronef qui accueille le spectacle. La salle lilloise offre une capacité de près de 2000 places et surtout une configuration debout idéale pour les pogos. Parfait pour un artiste qui enrichit depuis quelques années sa discographie de savoureux bangers. 

La première partie est assurée par le collectif La Chronik. Entre freestyles et sonorités boom bap, les 4 rappeurs profitent de l’exposition offerte par Kery James pour proposer au public un show technique et qualitatif, mettant en avant leurs talents de kickeurs. Ils sortent sous les applaudissements du public qui n’attend plus que le “Dernier MC”. Depuis quelques années l’artiste a beaucoup varié son portefeuille d’activités. L’engagement et le militantisme toujours chevillés au corps, il s’est découvert dramaturge et acteur avec A Vif et a pénétré les foyers francais avec son film Banlieusards. Comme pour apostropher ceux qui en doutaient, Kery entre sur scène en entonnant “J’rap encore”, extrait éponyme de son dernier album. Il enchaîne avec des classiques de sa discographie comme Hardcore, issu de ses jeunes années avec Ideal J et des morceaux plus récents extraits de son dernier album comme Blues, morceau lors duquel Teddy Corona dévoile un talent de crooner que peu lui connaissaient. Il offre durant ce spectacle une alternance entre poèmes et bangers qui illustre sa richesse musicale et satisfait les différentes classes d’ages qu’il a su drainer lors de ses 27 ans de carrière.  Porté par une scénographie simple mais efficace et entouré de ses backeurs OGB et Teddy, Kery se montre très à l’aise et interagit avec ses musiciens. Il montre lui même ses facilités avec les instruments en faisant un numéro de percussions sur un baril facon Blueman.

Après une première mi temps lumineuse, le Poète Noir, tout de blanc vêtu s’éclipse et laisse la place au “Skyzofrench rappeur” Eklips. L’imitateur fait le show pendant pendant cinq bonnes minutes en pastichant avec un réalisme troublant Kery James et en en faisant étalage de sa virtuosité au beatbox. Kery revient tout en noir, affûté comme jamais, t-shirt floqué d’un poing levé et du slogan “Le Combat Continue”, toujours flanqué de ses compères de la Mafia K1 Fry, Teddy Corona et OGB.  Il gratifie le public de son classique “Le Combat Continue part 3” et ses gimmicks légendaires “j’rappe tellement bien qu’on dit que j’rappe mal”, “la banlieue a une voix je n’suis qu’un d’ses hauts parleurs”. Certains morceaux qu’il performe résonnent terriblement avec l’heure actuelle comme “Racailles” où il se paye la classe politique et “Vivre ou mourir ensemble”, poème fleuve dans lequel il déplore l’islamophobie rampante. Le rappeur catalogué comme conscient nous dévoile une facette que beaucoup lui ignoraient : celle de bête de scène. De la scène, Kery en est un praticien chevronné puisqu’il l’arpente depuis ses 13 ans. Véritable boule d’énergie, Kery sait interagir avec son public et mettre en sueur la foule. “On va vous faire transpirer” scande t-il avant de se lancer avec son public dans un numéro  digne des plus grands coachs de crossfit. Deux pas devant, deux  derrière, un pas à gauche, un pas à droite, flexions ; les cuisses sont à vif et le public chavire.

Les corps chavirent mais également les coeurs lorsqu’en choeur le public s’unit à l’impulsion de Kery pour chanter le refrain de sa plus fameuse chanson, Banlieusards. “Apprendre, comprendre, entreprendre même quand on a mal. S’élever, progresser, lutter même quand on a mal.”  Un mantra qui pénètre une foule émue à un moment qui constitue certainement l’apogée du spectacle. Le Poète Noir conclut son morceau fleuve dans un discours fédérateur sous les acclamations du public “Je m’adresse aux gens qui viennent de banlieue mais aussi à ceux qui se reconnaissent dans ma musique ». Ce spectacle de qualité se clôture sur le morceau Lettre à mon public. Kery n’oublie pas de saluer son public et les nombreuses personnes de Roubaix, Dunkerque et des alentours venues assister au show. 

Abdoulbar Djaffar

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