Laylow: Entrez dans le monde digital

                « Ma musique est digital », voilà comment Laylow définit son univers musical en 2018 au cours d’une interview avec Mehdi Maïzi.  Avec quatre excellents projets (Mercy, Digitalova, .Raw et .Raw-Z) à son actif depuis 2016, le rappeur originaire de Toulouse avait pu mettre en avant les signes d’un talent certain, qu’il fallait néanmoins confirmer avec l’attendu premier album. La sortie de Trinity, le 28 février 2020 est l’occasion d’une immersion totale dans son univers virtuel et digital, alimentée par une démarche artistique sincère et complète.  Un album-concept, comptant Jok’air, Alpha Wann, Wit, S.Pri Noir ou Lomepal comme featuring, qui fera date dans le rap français.

Après des singles puissants, tels que MEGATRON, TRINITYVILLE ou POIZON, tous accompagné de clips soignés et extrêmement travaillés, mes attentes pour cet album étaient très élevées, et la déception n’a pas été au rendez-vous. Au lieu de faire une revue complète de l’album et de tous ses aspects, il me paraît plus intéressant d’appuyer certains points, qui pour moi font de cet album un excellent projet : le concept de l’album et la direction artistique/production.laylwo2

En connaissant un minimum Laylow, le voir sortir un album concept n’a rien d’étonnant. Depuis ses débuts, il développe un univers où se mêlent vidéo et musique. Un univers musical où les clips avaient autant d’importance que les sonorités, la voix et l’écriture Laylow. Ecouter un projet de Laylow, c’est se plonger dans un monde digital, ce qui laissait supposer que son album serait de la même trempe. En soi, dans ce projet, Laylow raconte simplement ses amours déçues, ses désillusions et sentiments, mais la forme futuriste de l’album élève ces considérations banales dans le rap à un autre niveau. Tout le projet est construit sur une introduction (Initialisation), des préludes (Menu principal, tentative de reconnexion…) et une conclusion rappelant l’entrée dans un programme, le logiciel Laylow, qui recherche sa Trinity. Au-delà de cette construction matérielle d’un album-concept, tout dans le projet semble se ramener à cet univers digital et virtuel, que ce soient par les thèmes abordés (la matrice, le bionique, Trinity, les logiciels…), sa voix presque robotique à certains moments, les titres faisant référence au digital, ou même les clips et la pochette. Le fait de développer un concept de manière aussi poussée sur un album revient à montrer une volonté de s’inscrire dans une démarche artistique pure et totale, ce qui est louable à mon sens, encore plus quand c’est réussi musicalement et visuellement. Laylow assume une identité musicale particulière depuis maintenant des années, avec ses premiers projets, ce qui lui avait permis de se créer une fan base solide. Avec Trinity, il va au bout de cette démarche, ce qui fait que cet album prend immédiatement une place singulière dans le rap français.lay

Parler de la qualité de cet album ne peut se faire sans parler de la qualité de la production, portée par Dioscures majoritairement (même s’il faut noter la présence de l’excellent pianiste Sofiane Pamart qui vient sublimer certains morceaux). De la trap bien énervée avec Piranha Baby, à du cloud stratosphérique, en passant par le spécial Megatron (qui rappelle bien évidemment le fameux Black Skinhead de Ye), Laylow semble se balader sur des prods toujours spéciales, saturées et électriques. On a le sentiment que ces musiques ne pourraient pas convenir à un autre rappeur, et que seul Laylow peut placer dessus des flows pareils. La musique de Laylow ne laisse pas indifférent, elle est spéciale et difficilement accessible (même si Trinity me semble plus épuré que ses précédents projets) et pousse dans ses retranchements l’auditeur. Ecouter Trinity, c’est une vraie expérience musicale, portée par des choix artistiques assumés et forts. Cette production de qualité et la voix changeante et électronique de Laylow se mettent au service d’un rap digital et futuriste.

                Laylow démarre fort 2020, il confirme les espoirs placés en lui depuis ses premiers pas dans le rap game en duo avec Sir’Klo ou en solo depuis Mercy en 2016. Avec Trinity, un premier album complet et puissant, il vient rappeler qu’il faudra compter sur lui et son rap digital dans les années à venir. Mais l’année n’est pas finie pour le rappeur de Toulouse, qui a annoncé la sortie prochaine de Digitalova II, la suite d’un projet sorti en 2017, via les précommandes de Trinity. Il avait prévenu : « C’t’année, j’me suis promis d’élever le niveau, le level » dans Trinityville, c’est chose faite.

Vincent Colin

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